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23 juillet, 2007

Pitou Roi

Faire des cartons, c'est plutôt rébarbatif. Il y a toujours une montagne de bidules dont on ne sait que faire. Alors il faut jeter, et ça, c'est un crève-coeur pour moi qui ai si peur de perdre.
Mais se pencher sur les objets accumulés, ça offre aussi des oasis de rêverie : on retrouve de minuscules parcelles de notre histoire, un rêve griffonné au milieu de la nuit, une photo volée, une lettre oubliée... En triant le bon grain de l'ivraie, j'ai ainsi mis la main sur ce petit trésor que j'avais mis de côté pour ce blog et laissé dans sa cachette :

01 juillet, 2007

Thébaïde

Je réponds ici à l'injonction d'Incitatus : comme l'ont fait les trois quarts de la blogosphère avant moi, je vais révéler ici 7 choses que vous ignorez sur Pitou G.

1) Quand j'étais petit, j'étais accro à la grenadine. Mon verre était à peine fini que je revenais à la charge.

2) Mon arbre généalogique comporte quelques incongruités. Qui peut se vanter de compter parmi ses aïeux un Jean Bon? Il semblerait que papa Bon ait un peu trop arrosé la naissance de son fils et fini par relever un pari ridicule (d'où le Jean Bon de Pari), au moment de la déclaration à la mairie.
Heureusement, ma lignée n'est pas que burlesque. Mon ascendance provençale s'enracine, elle, dans le patrimoine littéraire : un meunier ayant vécu à Saint Rémy au XIXème siècle, nommé Cornillon, ça ne vous rappelle vraiment rien?

3) Au chapitre des plaisirs simples, j'apprécie de faire quelques brasses sans maillot. La caresse de l'eau de mer sur la peau nue est d'une volupté sans égale. Il suffit de s'éloigner des autres baigneurs... Et si jamais un joli nageur vient à s'égarer dans votre sillage, rappelez-vous que vous n'êtes pas une torpille et laissez-vous rattraper. Au pire, il ne se rendra compte de rien, ou le feindra. Sinon, il boira la tasse sous l'effet de la surprise, ce qui est toujours marée marrant.

4) Je suis un grand naïf. Lorsque j'étais enfant, ma municipalité a organisé un lâcher de ballons : les baudruches multicolores devaient arriver au Mali pour transmettre nos coordonnées à des enfants africains.
Et je viens seulement de comprendre que c'était truqué.

5) Zola, Balzac... Je n'ai jamais lu un seul de leurs romans. Oui, je suis prof de lettres!

6) Pas de bonne confession sans récit humiliant : il y a une période dans mon enfance où j'ai résolu de me passer de sous-vêtements (c'est sans doute à mettre en rapport avec la section 3). J'avais largement sousestimé les risques d'une telle entreprise : un après-midi, je me suis coincé le prépuce dans la fermeture-éclair.
J'ai passé quelques heures à me tordre de douleur dans la salle de bain, sans pouvoir me libérer, ni demander l'aide de mes parents qui recevaient des amis pour le thé. J'ai fini par les appeler au secours, une fois leurs invités partis. Je ne me souviens pas bien des mesures qui ont été mises en oeuvre, si ce n'est que le jean a été découpé pour n'en laisser que la braguette (on fait difficilement spectacle plus ridicule qu'un sexe d'enfant au bout duquel pendouille une braguette), et qu'on a utilisé un glaçon pour apaiser le prépuce endolori. De l'huile, peut-être... on envisageait sérieusement les urgences, quand la terrible mâchoire de fer a enfin cédé.
Ce jour-là, j'ai admis les bienfaits du slip, et me suis découvert une préférence pour les jeans à boutons.

7) Pitou est le roi de la patouille, un alchimiste en puissance. Il n'est pas de mélange alimentaire que je n'ai testé (si on excepte les rares nourritures qui me débectent). Je me souviens aussi d'avoir inlassablement mélangé eau et terre au fond du jardin, sans me soucier de l'odeur suspecte de pisse de chat qui émanait de mes potions. Malaxer de la boue, je suppose que ça relève de ma nature sensuelle...

Bah finalement, il reste encore beaucoup de choses que vous ne savez pas encore sur mon compte.
Si vous trouver le lien entre le présent article et son titre, bravo.

G.

25 juin, 2007

Fils de Truffe

Dans les repas de famille, il y a toujours un oncle facétieux pour vous apprendre les frasques et les tartignolleries de votre môman bien-aimée.

Quand ma mère était petite (elle parlait quand même, ça limite les circonstances atténuantes), alors qu'elle était en vacances à Rians, une amie de ma grand-mère lui a expliqué comment répérer l'emplacement des truffes. Premier indice, l'absence d'herbe au pied d'un chêne. Mais le mieux, c'est de s'adjoindre les services d'animaux qui sont naturellement attirés par l'odeur de la truffe : cochon, chien ou mouche.
Question fondamentale de ma mère : "Mais comment on met la laisse à la mouche?"

Il paraît qu'on apprend en posant des questions. Moi, j'aime beaucoup les raisonnements de ma mère, qui m'en apprennent beaucoup sur moi-même...

G.

21 mai, 2007

Patate véreuse

Madame Patate nous a demandé de sélectionner chacun un coup de coeur poétique. Constatant qu'elle avait choisi le poème fétiche de son adolescence romantique, j'ai eu envie d'ouvrir la fameuse pochette rouge qui contient mes reliques de khâgneux, pour en exhumer les poèmes que j'avais affichés dans le sinistre cagibi verdâtre qui me tenait lieu de chambre d'internat.
Sur mes murs, il y avait donc, parmi mes propres vers (voilà des lustres que je n'ai plus écrit sérieusement), des extraits de poètes plus reconnus.

Et là, c'est vrai que c'est dur de choisir - et encore, je vous épargne les poètes en kit antiques. Quel est mon plus gros coup de coeur? "Mon Amante a les vertus de l'eau" de Segalen? Une des Chansons de Bilitis, de Pierre Louys (c'est pas comme si c'était du vrai antique, hein, c'est de l'imitation... j'aime bien le style fausse traduction, je sais, je ne suis pas normal)? Je suis aussi un grand amoureux de la poésie baroque, pour le peu que je m'y connaisse ("hélas! qu'est-ce de l'homme...").

Même si ce sont des textes magnifiques, je crois que le plus emblématique est celui que j'ai appris par coeur pour mon seul plaisir. Et puisqu'il faut n'en garder qu'un, Honneur aux dames :

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Loyse Labé, Sonnet XIV

Bon, du coup, je n'ai pas fait dans l'originalité. Mon homme fera peut-être mieux!

G.

09 mai, 2007

La fois où j'ai failli...

être élu président.

En 1988, je n'étais pas né j'étais à l'école primaire. C'est sans doute la seule année de ma vie où j'ai eu des cours d'éducation civique. Au collège, même si j'ai eu des profs officiellement chargés d'enseigner cette matière, je regardais des documentaires sur les Aztèques ou calculais le rapport entre la température et l'altitude... je n'ai jamais trop compris la pertinence du programme; parce que, bien sûr, ils respectaient le programme, mes profs, non? Quoi? On aurait abusé de ma naïveté d'enfant! Eh dites! il ne faut pas s'étonner de la montée des incivilités chez les jeunes de ma génération : on nous apprenait qu'un comportement civique, c'était arracher le coeur de nos petits camarades!

Mais il se trouve qu'en 1988, mon instit a choisi de ne pas ignorer les élections présidentielles et nous a lancés dans une campagne présidentielle acharnée. Je ne sais pas trop comment, mais je me suis retrouvé le candidat officiel d'une faction de la classe. Mon équipe et moi avons dessiné des drapeaux (avec le mât à droite, parce que je fais tout à l'envers), établi un programme, rédigé des discours, tant et si bien que je me suis senti porté par une vague immense et tout et tout... Peut-être même qu'on avait fait des sondages. Il ne faisait aucun doute, en tout cas, que je serais présent au second tour : j'étais à la tête d'un parti de petites nanas parfaitement organisées.

Mais une fois dans l'isoloir le cagibi du fond de la classe où la maîtresse isolait les enfants pas sages (évidemment, moi, je n'ai jamais fait qu'y voter), j'ai été saisi d'un genre de scrupule chrétien (je vous disais bien que j'étais un ange!) : ma maman et mon papa m'ont toujours appris qu'il fallait penser à autrui avant de penser à soi-même. Et j'ai glissé le bulletin de mon meilleur ami - mais plus sérieux rival - dans l'enveloppe.

Il a été élu au premier tour, avec la majorité absolue... à une voix près! C'est ce jour-là que j'ai appris la frustration politique et remisé au cagibi toute morale judéo-chrétienne. Cette leçon m'a beaucoup servi par la suite (merci Mme L.)

G.

05 mars, 2007

Énurésie

Il n’y a pas de mystère : les grands anxieux d’aujourd’hui l’étaient déjà hier.
Parmi les nombreuses stars tares de mon enfance, l’une des plus préoccupantes était l’énurésie, plus connue sous le nom savant de pipi au lit. Faut-il s’étonner qu’un Uraniste fut énurésique ? Ne voyez pas là une énième manifestation de mon penchant pour les jeux de mots faciles, car, à bien y réfléchir, les deux phénomènes sont probablement liés. Faire pipi au lit pour se punir, parce qu’on sent confusément qu’on est différent ? Gardons-nous cependant de trop interpréter ce que nous fûmes à la seule lumière de ce que nous sommes devenus, et de certitudes peut-être fausses…

L’énurésie s’est durablement incrustée dans mon enfance, au point que je me demande si ce n’est pas la puberté qui m’en a libéré, comme elle m’a libéré de la migraine (bénie soit la testostérone !). Ce n’est pas un aveu facile, mais je me souviens d’avoir été angoissé à l’idée d’aller dormir chez un ami quand j’étais en 4ème ( !). Je vois encore les parents de ce garçon s’inquiéter de me voir dîner à sec. Pour le plus grand malheur de mon métabolisme, il m’en est resté l’habitude de faire des repas d’âne.

Si mes nuits humides étaient (quand même) rares à cette époque, on voit bien que leur ombre continuait de me hanter.Il faut dire que les expériences cuisantes ne m’ont pas manqué. En primaire, j’ai enchaîné les classes vertes. Au CP, je n’étais pas le seul client à risque ; en CM1, si. Souvenir vivace de ce brave monsieur Gudefroy me prenant à l’écart pour me demander, l’air compatissant, pourquoi je n’avais rien dit (à ton avis ?). Plus lointain mais tout aussi humiliant est le souvenir de ma grand-mère fixant sur moi une couche avant chaque nuit à l’aide d’épingles à nourrice.

Mes parents, pour remédier à ce problème empoisonnant, valorisaient les nuits passées sans drap mouillé. Pendant une période assez longue, ma mère est venue dans ma chambre les matins heureux au son enjoué de « Chouette ! une chouette ! », en déposant dans ma main une figurine d’oiseau de la taille d’un ongle. Elle devait les acheter par seaux entiers (vous le voyez, j’ai été un enfant maltraité).

J’imagine que nous avons tous exprimé à notre façon nos terreurs d’enfant. Mais combien d’entre nous y ont rouvé un remède ?

G.

06 janvier, 2007

Spectralia 6

Cette spectralia sera consacrée à trois anciennes amies originaires d’une même ville (sur le principe des spectralia, voir ici). Je les ai rencontrées à l’époque où j’étais étudiant au lycée Infini. J’ai eu l’occasion de les revoir – et je l’aurai encore – mais l’intimité a fait place à plus ou moins d’indifférence, voire de rancœur. Pourquoi ? Mais comme toujours, par une suite négligeable mais fatale de riens.
*
- Tilda a beaucoup compté pour moi. De notre petit groupe d’hypokhâgneux, elle passait pour la plus fragile. Stress, crises de tétanie, accès morbides… La prépa était pour elle des plus toxiques ! Aussi, tout le monde veillait un peu sur elle. Rien ne la faisait plus rire que de me voir faire le chat (ouais, j’étais un peu toqué, moi aussi). Par certains aspects, elle me rappelait une amie de ma mère, ce qui achevait de me la rendre chère.

Elle s’épargna une deuxième année de prépa, mais je continuai de la voir épisodiquement dans sa chambre U, avec grand plaisir, mais dans des circonstances souvent étranges… L’année suivante, je la retrouvai à la fac, en de rares cours communs. Déjà, de la distance.

Lorsqu’elle s’est mariée, elle ne m’a pas invité. Cela se conçoit. Quand on sait qu’elle y a convié des gens qu’elle n’apprécie pas, cela se conçoit moins. Que je n’ai reçu aucun faire-part, ça, je ne le conçois plus du tout. Ça peut sembler un sursaut d’orgueil, et ça l’est sans doute, mais ça m’a laissé chagrin. Après tout, vous connaissez un meilleur prétexte q’un mariage, vous, pour renouer contact ? À ce moment, j’ai décidé de la rayer de ma vie. Et voilà qu’un an et demi après, elle me revient en rêve sous l’identité de Mme Rose, ma nouvelle banquière…

*

- Fausta passait pour une fille peu commode carrément glaciale. Objectivement, notre 1ère rencontre aurait dû me la faire détester : elle avait passé la soirée à faire la gueule, sans desserrer les lèvres, que ce fût pour parler ou sourire. Son aspect hautain l’a tout de suite distinguée à mes yeux.

Nous sommes devenus très proches, un peu plus tard. Lors de mon année de maîtrise, à un moment de ma vie où j’ai, quoique bien entouré, le souvenir d’une grande solitude, nous avons passé beaucoup de temps tous les deux, rien que tous les deux. Comment peut-on devenir complices aussi vite ? Puis si vite étrangers à nouveau ? Se souvient-elle seulement qu’elle a compté pour moi ? Se souvient-elle seulement vraiment de moi ?

*

- Les raisons qui me tiennent éloigné de la troisième sont assez différentes. Son parcours l’a amenée à l’autre bout de la France, et même au-delà. Elle est de toute façon d’un naturel un brin fantasque qui la pousse à apparaître et disparaître. Même dans de profonds moments de déprime, je lui ai toujours connu un abord jovial.

On l’appelait Myopatha (c’est mal !), parce que sur sa photo d’identité, l’inclinaison de son menton évoquait un handicap lourd. Depuis que je l’ai rencontrée, je l’ai toujours et inlassablement entendu répéter qu’elle ne serait jamais prof et l’ai toujours vu persister dans des études qui ne pouvaient mener qu’à ça. Chapeau à la demoiselle qui est cependant devenue tout autre chose ! Rien de bien surprenant, quand on connaît ses ressources : ses disserts n’étaient jamais déshonorantes, bien qu’elle les ait toujours griffonnées sur un coin de table pendant la pause-déjeuner.

De ces trois filles, Myopatha est sans conteste celle avec laquelle j’ai été le moins intime et celle que je reverrai avec le plus de plaisir. À chaque fois que je l’ai recroisée, j’ai passé un moment très agréable, car pur, sans doute, de tout regret.

*

À la relecture de toute la série des spectralia, j’éprouve un fort sentiment de gâchis. Que je sois facilement enclin à la nostalgie, ce n’est pas un scoop. Mais il y a autre chose qui émerge en moi ces temps derniers, qui mériterait un article à part. Je crois que je porte en moi une force qui m’isole et fait de moi l’artisan inconscient du désert qui m’entoure.

G.

03 janvier, 2007

Collector

Pour clore l'année 2006 et illustrer les fêtes de Noël, voici un message publié il y a un an jour pour jour (histoire de nous rappeler qu'on ne change pas) . De quoi vous faire patienter jusqu'à notre retour en Amiénie.
*
* *

Un 24 décembre. Celui de mon année de CM2, je crois. J'étais fébrile. La matinée ne passait pas assez vite. Les Malheurs de Sophie en téléfilm ne suffisaient pas à donner un bon coup de fouet au temps... Quelle impatience de voir enfin mes écureuils de Corée, l'unique cadeau qui figurait sur ma liste!

Je ne pourrais pas vous dire comment était né ce désir. Sans doute étais-je un peu jaloux des hamsters de mon frère - notez bien que je ne voulais pas du même animal : je voulais faire ma différence, mais pas trop quand même... Ce qui est certain, c'est que l'envie était impérieuse, obsédante. J'étais un garçon de lubies, et je pense l'être resté. Je m'enflamme assez vite pour tel ou tel objet; alors mon esprit tourne en boucle, à toute allure mais pas toujours pérennement... Et dans ces moments-là, mon corps ressent le besoin de se mettre en mouvement lui-aussi : il a toujours accompagné mon intellect ou mon affect dans leur bouillonnement.A neuf ou dix ans, j'offrais déjà les symptômes de cette manie. J'allais et venais entre le salon et la cuisine où oeuvrait ma mère. Mon homme aurait dit de moi que je toupinais... Pour me décharger un peu de mon excitation, je fis part à ma mère de mon impatience. Quel chagrin lorsqu'elle me dit doucement que rien n'était sûr, que je ne savais pas encore quel serait mon cadeau! Il ne fallait pas tenir ainsi les choses pour acquises. Après tout, un animal, c'est beaucoup de responsabilités... Je ne sais pas quelle figure fut la mienne à l'écoute d'un tel discours qui signifiait forcément que je pouvais dire adieu à mes rêves d'écureuils... Pourtant, je ressens encore le picotement et l'ascension des larmes que je versai en secret.
Aux alentours de minuit, je baptisais du nom de Tic et Tac mes deux écureuils. La joie fut à la hauteur de la déconvenue du matin. C'était une belle leçon que d'accepter de ne pas avoir de certitudes. Au printemps, mon père éleva une volière au fond du jardin pour offrir aux deux rongeurs un vrai petit palais. Ils s'y plurent tant que - fait rarissime en captivité - Tic donna naissance à des petits. Il y avait là Tuc, Toc et Tigrec. Quel bonheur de rentrer dans leur immense cage, d'être entouré de toute cette virevoltante famille! Quelle galère aussi quand l'un d'entre eux profita d'un moment d'inattention pour s'aventurer au dehors! Il fallait être vigilant et rentrer au bon moment, sous peine de traquer le rongeur dans le jardin... Là encore, la leçon fut apprise.Pourquoi ai-je ressenti si vivement le désir d'élever ces écureuils? Connaît-on jamais le mécanisme de nos envies? Je sais en revanche ce qui y a mis fin : l'immense dégoût qui suivit la mise à mort du père par sa progéniture incestueuse... Je ne pus plus jamais témoigner à mes écureuils le dévouement naïf de mes neuf ans.
G.


06 novembre, 2006

Hommage aux filles du lycée Infini...

et quelques autres.

Bon, je ne vais pas me la jouer à la Julien Clerc, Feeeeeeeemmes je vous aime et tout le tintoin. Mais ces filles là sont en or et, même si elles sont casées, mariées, mamans ou sur le point de l'être, elles resteront un peu nos petites fiancées (non mais)
Sauront-elles toutes se reconnaître? encore faudrait-il qu'elles fassent un tour par ici (suivez mon regard!). Ah oui, pour ne froisser personne, l'ordre est totalement aleatoire!
  • Ma vie est un ligne droite et j'en suis le crayon
  • Je veille sur tous les miens et lui veillera sur moi
  • Culturel et manuel : je saurais tout cumuler
  • Gare à la lionne : mère et épouse, ça mord encore!
  • Diiiiiiiiiiiiites! C'est quoi mes défauts?
  • Pas de stress, j'y arriverai (c'est trop l'heure)
  • Brillante, je me perds, me retrouve et vivote
  • Et hop, trop fort le téléfilm d'M6!
  • Mais c'est quoi, un paradoxe allemand? (facile, la réponse de celle-là est sur le blog)
  • J'en peux plus. Cabot caboche, c'est l'enfer! J'ai encore eu des photos de p'tits chiots...

10 août, 2006

Hérédité

Quand je vivais encore chez mes parents, à chaque fois que je ramenais des amies à la maison (bizarrement, je ne m’enfermais jamais avec elles dans ma chambre…), c’était toujours le même refrain :
« Qu’est-ce qu’elle est belle ta mère !»
Quand mon père était là aussi, certaines rajoutaient, peut-être un brin gênées : « Et ton papa est très gentil… ».Evidemment, pour tout fils qui se respecte, a fortiori quand il préfère les garçons, notre mère est la plus belle femme au monde. Mais objectivement, pour avoir vu des photos de jeunesse de ma maman, je peux vous certifier qu’elle aurait fait un bien joli mannequin… Je n’étais pas peu fier d’aller aux réunions parents-profs avec elle, d’une part parce qu’elle n’avait que des louanges à entendre sur sa progéniture, d’autre part parce que j’étais persuadé qu'elle éblouissait mes profs.

Passée la satisfaction d’avoir épaté les copines, je me rendais bien compte qu’il y avait quelque chose d’assez vexant dans une surprise aussi sincèrement manifestée. Etait-il si inimaginable que ma mère soit une beauté ? D’accord, j’étais je suis une petite chose chétive, mais ma mère m’a quand même transmis la moitié de mon patrimoine génétique (dont le huitième de sang italien) : j’ai eu le droit au daltonisme, à la peau fragile et à la circulation sanguine calamiteuse, pourquoi est-ce que je n’aurais pas aussi les bons côtés, hein ?

Du coup, à 14 ans, j’avais acquis la certitude qu’à 15 ans, je serai devenu une splendeur ; à 14, je pensais que ce serait à 15 ; à 15, j’avais grand espoir qu’à 16 ans, je deviendrais le genre de bombasse sur lequel on se retourne dans la rue. N’importe quoi ! Cela dit, j’attends toujours !
Si ça tombe, tiens, j’aurais mieux fait de naître avec deux X !

G.

23 juillet, 2006

Spectralia 5

N. au lycée, était une élève plutôt brillante mais, de l'avis de tous nos profs, une fille difficilement supportable. Un jour, alors qu'elle avait passé tout le cours d'histoire à discuter avec sa voisine, elle captura au vol une expression du prof qui la stupéfia, et, à la suprise générale, leva la main. De sa voix débordante d'entrain :

"Monsieur! Monsieur! C'est quoi un paradoxe allemand?"

Tout le monde écarquilla les yeux. Elle s'enfonça davantage, admettant à demi-mot qu'elle ne savait foutre rien de ce que le prof pouvait bien raconter à ce moment-là mais que, elle n'était pas folle, il avait bien parlé de paradoxe allemand. En citoyenne curieuse de la construction européenne, il fallait absolument qu'elle sache de quoi il retournait.
Paradoxalement, le prof esquissa un genre de sourire résigné et laissa filer l'affaire.

Cette anecdote et quelques autres, lui valurent le titre d'Ingénue de la classe. Ce n'est pourtant pas elle qui demanda au prof de philo qui dictait une bibliographie : "Mais c'est qui ce PUF dont vous parlez tout le temps?"

G.

21 juillet, 2006

J’en pâtis

Samedi soir, M6 diffuse un objet télévisuel qui s’apparente pour moi à un supplice hertzien. Je ne suis pas du genre à être outré à tout bout de champ, pourtant. Suis-je donc le seul que les bêtisiers de la Nouvelle Star mette mal à l’aise, je veux dire physiquement mal à l’aise : au point même que je ne peux pas rester dans une pièce où quelqu’un regarde pareils morceaux d’anthologie – et en sortant, je pousse encore des cris d’orfraie.

Quand j’étais enfant, ma propension à l’empathie se manifestait surtout à l’écoute des émissions de radio où les auditeurs sont à l’antenne. Je paniquais à l’idée qu’ils bafouillent, qu’ils se rendent ridicules par une question à la con ou en tapant un scandale (oui, j’ai horreur du scandale, aussi). Ma maman écoutait souvent Le Téléphone sonne sur Inter, en faisant la cuisine. Je voulais rester auprès d’elle, l’aider un peu. Mais à chaque fois que l’animateur prenait un nouvel auditeur en ligne, les premières secondes étaient une véritable torture. Quand l’intervenant faisait preuve d’aisance, d’à-propos et de concision, je me décrispais. D’autres fois, il fallait que je déserte la cuisine. Aujourd’hui encore, il m’arrive d’éteindre le poste, mais le plus souvent je fuis autant que possible ce style d’émission. La nazerie « La Compil » (ça vous manque pas trop le riz ?) m’aurait mis dans le même état, si c’était l’auditrice – et non l’animatrice – qui avait été grotesque. Mais c’était déjà limite…

Ce qui ne laisse pas de m’interroger, c’est que je puisse mater l’Île de la Tentation sans le moindre scrupule. Est-ce parce que les candidats ont des vacances de rêve ou parce qu’ils donnent l’impression d’être des professionnels de la télé (coachés, lissés, formatés à fond – difficile d’avoir de l’empathie pour des coquilles creuses). En fait, ce n’est qu’aux dilettantes que je peux m’identifier…

G.

20 juillet, 2006

Pour R.

Et zut! J'ai encore oublié la pochette rouge!

G.

01 juillet, 2006

Passe-partout

J’ignore ce qui est le plus angoissant : ne ressembler à rien ou être le doublon de tout le monde. Il suffit d’observer un adolescent pour savoir combien il a besoin de se fondre dans la masse tout en cherchant à se démarquer des autres. Je ne suis pas bien sûr que les adultes soient si différents que leurs cadets, mais posséder un physique passe-partout a quelque chose de très irritant.

Olivier Mine, Jean-Pierre Léaud (jeune), Rowan Atkinson ou Devedjan (en même temps, difficile de ressembler à l’un sans ressembler à l’autre)…. Voici des sosies plus ou moins flatteurs que l’on m’a un jour ou l’autre attribués. C’est sans compter sans des milliers d’anonymes. Vos collègues vous voient passer à toute heure et dans diverses voitures dans les patelins les plus improbables ; des gens que vous connaissez à peine vous identifient dans la salle d’attente d’un médecin (« T’es sûr que c’était pas toi ? Dommage, t’aurais vraiment été beau gosse ! – Merci ! ») ; une fille de votre classe au lycée ne pouvait pas vous regarder sans penser à son meilleur ami de maternelle. Il y a quelques jours à peine, j’ai appris que Coco pense à moi tous les matins en apercevant un jeune inconnu : « Tu n’as pas un frère ou un cousin sur Amiens ? Il te ressemble vraiment beaucoup. C’est un mec brun (évidemment), un peu rêveur (pas étonnant non plus), tout fin (normal, puisqu’il me ressemble), très joli garçon (normal, puisqu’il me ressemble !), gay sans l’ombre d’un doute (mouais, y a pas à dire, ça me ressemble…) ».

Le jour où l’un de mes multiples sosies se décide à commettre un meurtre, pas sûr que j’en sorte indemne. Et si une fille vient me gifler en pleine rue, je ne m’en formaliserais pas davantage; ça voudra toujours dire que mes doubles peuvent être hétéro, pour changer. Tout de même, on aimerait avoir de soi, même s'il ne s'agit que de son physique, une image sans pareille. D’un autre côté, le soupirant qui s’épanche en long et en large sur la forme unique au monde de vos narines n’est pas moins soûlant. Faut-il vraiment choisir ?

G.

11 juin, 2006

Triste monde tragique ?

On répète à l'envi que les gens d'aujourd'hui ne sont pas solidaires. A écouter les médias, si les gens n'interviennent pas lors de violences perpétrées en public, c'est par égoïsme. Balivernes! Faut-il être stupide pour croire les gens incapables d'empathie à ce point! Ne savons-nous pas tous inconsciemment qu'il faut aider pour espérer être aidés en retour? C'est un phénomène de groupe, rien d'autre, qui nous paralyse : il y aura bien quelqu'un dans cette foule qui sera plus qualifié que nous pour intervenir? Deux exemples à l'appui.

Je l'avoue, j'ai moi-même été un de ces stupides êtres humains frappés par le phénomène de groupe; et pas plus tard que cette année. Moi, individu responsable, j'ai vu une femme assez âgée tomber de l'autre côté de le rue à une heure d'affluence, et tenter de se relever seule pour retomber plus pitoyablement encore. Allons, il y avait un groupe de lycéens juste à côté d'elle! Ils semblaient ne même pas l'avoir vue. C'était quand même étrange, cette scène : j'en suis venu à douter de la réalité de cette chute. Que croyez-vous que j'ai fait? J'ai fait semblant de ne rien avoir vu et me suis maudit mille fois sur le trajet du retour. J'ai eu honte à me haïr, vraiment, sincèrement. A vomir presque de ma propre lâcheté... Si j'avais été seul dans la rue au moment de cette chute, je suis persuadé que je serais venu à son aide. C'est bien le regard de nos semblables qui nous inhibe.

Un autre exemple de ce phénomène, moins mortifiant mais à peine, remonte à l'époque de ma première année d'enseignement. Tout jeune stagiaire dans la Manche, je prenais le bus (après plus d'une heure de train) pour rejoindre le bahut. J'y retrouvais souvent une collègue d'espagnol. Un matin, une rixe éclate entre deux jeunes pour une histoire de regard de travers (le plus sordide est que c'en fut le motif réel, unique et atrocement banal), et ce à deux pas de nous. Prostration : alors que ces deux zouaves se talochent joyeusement, je reste comme deux ronds de flan à tergiverser pour décider de l'attitude à avoir. Oh! quelques secondes à peine, juste le temps pour ma collègue (plus proche, certes, on se réconforte comme on peut) de se précipiter vers eux, sans prendre la peine, elle, d'intellectualiser. Elle s'interposa en les grondant. Comme elle avait pris l'initiative d'agir, je me suis senti en droit, enfin, d'intervenir. En les maintenant à distance l'un de l'autre, j'ai même cueilli un coup dans le tibia - une broutille en comparaison de l'estafilade infligée à l'estime de moi-même.

*
* *
Mais tout ceci m'emmène assez loin du souvenir qui a motivé l'écriture de cet article, un souvenir témoignant en faveur d'une vision optimiste de l'homme. Car, en fin de compte, nos vies sont ponctuées de bienfaiteurs que nous ne pourrons jamais remercier. Je veux rendre hommage ici à une bienfaitrice anonyme pour un geste minuscule, mais qui, je crois, a contribué à forger mon sens moral.

Pendant que mes parents arpentaient les rayons de feu Continent, l'achat gagnant, mon frère et moi, comme bien d'autres enfants, restions dans le coin BD de la grande surface. Comme il se devait, j'emportais dans ce temple de la consommation mon petit porte-monnaie - une espèce de bourse fort peu pratique mais au cuir velouté et à l'odeur caractéristique qui sera pour moi, à jamais, l'odeur de l'argent. Il était blotti au fond de ma poche. Il faut croire que celle-ci n'était guère profonde et que la-dite bourse était fort peu renflée : en tout cas, peu de temps après avoir retrouvé mes parents dans le magasin, je me suis aperçu que je l'avais perdue.

Brusque sursaut d'angoisse, comme j'en ai connu des milliers depuis (était-il le sursaut fondateur, ou déjà une réplique?). Retour haletant au rayon BD. Je scrute le sol avec mon papa. Rien. L'angoisse monte d'un cran - je sais, c'est dérisoire, mais rien n'était dérisoire, surtout pas les objets, aux yeux du petit garçon très sensible que j'étais. Mon père m'a alors traîné jusqu'à l'accueil du magasin. Reconstruction de ma mémoire? Il me semble que je vois encore le visage du monsieur : "Tiens : c'est une petite fille de ton âge qui nous l'a apporté!". Je ne sais pas pourquoi, le mystère qui entourait l'identité de ma bienfaitrice a excité mon imagination : je la connaissais peut-être!

Bien des années plus tard, au lycée, lorsque j'ai sympathisé avec Nadja, ce souvenir est remonté à la surface. Sans que je sache pourquoi, j'ai acquis la certitude que c'était elle, ma petite bienfaitrice...

G.

P.S. : à bien y réfléchir, j'ai dû connaître mon premier sursaut d'angoisse à la perte - heureusement provisoire - de ma douce Cassolette, un 14 juillet.

13 mai, 2006

Un jour, j'ai voulu être #2


Président de la République quand j'ai compris que je ne pourrais pas devenir Roi,
malgré mon excellente connaissance de la vie de Marie-Antoinette et mon bref intérêt pour "Point de vue. Images du monde". Ma scolarité m'éloignant vraisemblablement de toute carrière politique, j'ai compensé ma frustration en devenant délégué de classe au lycée, en classe préparatoire (mais aussi président d'un club de mode comptant quatre membres, dont deux allergiques à la mode), puis en deuxième année d'IUFM. Mon arrivée au collège de Quartmondeville m'a donné l'occasion de cumuler les mandats, tant sont nombreuses les instances d'un établissement, même modeste. Et ELLE?
Je lui donne quelques conseils, à l'occasion!

V.

29 avril, 2006

Un jour, j'ai voulu être

Rainbow brite, Blondine Arc en ciel in french.
Une petite fille qui lance des paillettes de couleur pour égayer le monde.
A vrai dire je ne suis plus trop sûr du poste que j'aurais aimé occuper: il y avait des préposé(e)s pour chaque couleur et puis les espèces de boules moutono-simiesques qui les accompagnaient, sans oublier le grand cheval de l'héroïne...
Imaginez ce que je ferai de l'Education Nationale si je pouvais repigmenter toutes choses à ma guise!
"Oh Patricia! Un pantalon pied de poule et un pull à carreaux écossais... Schliinng!"
"Ah non Samantha, tu ne peux pas entrer en classe avec tes racines brunes... Schliinng!"
Malheureusement, aucune héroïne ne lutte contre la laideur du trait ni la forme dévoyée.
V.

29 mars, 2006

Chouchous

Dans mon lycée, il était de coutume de décerner, à son insu, au garçon le plus quiche le titre peu envié de "Choco d'Or". Je ne participais pas à ces élections, trop peu investi dans mon bahut pour connaître ces secrets quasi maçonniques. Je me dis que les intrigues d'un lycée au quotidien valent bien les arcanes vaticanes.

Ainsi, à la même époque, je me contentais d'élire mes chouchous, tous journalistes sur FR3 (ça ne nous rajeunit pas). Je ne sais pas d'où venait mon faible pour eux : peut-être que le directeur de la rédaction avait les mêmes goûts que moi, allez savoir. Certains ont bien mal tourné : quand je songe que le premier des chouchous fut Henri Sannier, élu homophobe réduit à présenter le journal du sport, je me dis que mes inclinations frisaient le contre sens. J'y repense aujourd'hui parce que Louis Laforge, "nez tordu", successeur de Carolis à Des Racines et des Ailes, fut l'un d'entre eux. Mais aucun n'éclipsera jamais le seigneur des journalistes, Philippe Lefait, le seul présentateur que même Brigitte Fontaine a renoncé à embêter. Peut-être parce qu'il était le seul à s'intéresser à ce qu'elle fait, sans s'attendre à affronter une cinglée. La classe... Comment voulez-vous que des Fogiel ou des Ardisson soutiennent la comparaison?
G.