11 mai, 2007

Panneaux sots

Quelques vieux nostalgiques (et moi en tête) reprochent aux gens d'aujourd'hui d'avoir renoncé à la correspondance, cette noble façon d'échanger des idées (même si l'avénement du blog a réhabilité la conversation écrite) : face à sa feuille de papier ou son écran, on prend le temps de peser ses mots et d'organiser sa pensée. Ça, c'était pour la théorie. À bien y regarder, je me demande si communiquer par écrit est un signe de bonne santé de notre société. Démonstration.

Autour de moi, la lubie du pannonceau a le vent en croupe poupe. Nous passerons vite sur le cas d'une certaine collègue (keunasse) qui règle ses comptes avec moi par voie d'affichage public et à qui j'ai signifié que le tableau blanc était un mode d'expression tellement fooormidâble que je suggérais de ne communiquer ensemble que par écrit (si elle se hasarde un jour à me dire bonjour, je lui tends un stylo velleda)(sauf qu'elle ne le fera pas : elle est aussi gamine et rancunière que moi).

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Un autre grand fan de pannonceaux : le conseiller d'éducation de Patelinvillers qui a inauguré une nouvelle opération de comm' , Un jour, une devise. Ce rituel est encore tout nouveau, mais on n'a pas besoin de beaucoup de recul pour saisir son thème de prédilection.
"Le faire est révélateur de l'être"
"Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir. (...)
Sans un peu de travail on n'a point de plaisir."(Florian, La Guenon, le singe et la noix)

L'autre jour, en lui serrant la main, j'ai failli l'appeler monsieur Sarkozy (il a lui aussi un nom d'Ostrogoth). C'était un vrai lapsus, mais je me suis mordu l'intérieur des joues à temps. Du coup, j'étais hilare et lui plutôt perplexe.
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La folie de l'écriteau a même gagné notre sphère privée, puisqu'un(e) intégriste (anonyme : X n'assume pas ses râleries) vit dans notre résidence. Je veux bien croire qu'on puisse être gêné par les noubas très occasionnelles d'un des locataires. Je veux bien croire aussi qu'on éprouve le besoin de se plaindre. Si on préfère télécharger des textes de lois, stabiloter les passages à retenir et les afficher sur la porte de l'immeuble, plutôt que d'aller discuter calmement avec la personne concernée, on a le droit. Hormis la perte de temps, je note au passage que c'est sans doute le plus inefficace des choix pour porter son message (genre le roquet qui aboie dans le vide).

Le souci, c'est qu'on implique dans l'affaire des tas de gens qui n'ont rien demandé à personne et qui, pour certains, peuvent se sentir accusés à tort. Et surtout, ce genre d'initiative génère un climat de suspicion dans le voisinage - le mot n'étant pas signé, tout le monde se regarde entre le zist et le zest (et non, ce n'est pas obscène... même si je m'attarderais bien entre le zist et le zest de l'étudiant d'en face) : est-ce lui le tapageur nocturne? est-ce lui le contempteur de nos vices? est-ce que celle-là pense que je suis l'un ou l'autre?

Hier matin, je me suis aperçu que le corbeau avait encore oeuvré: "L'utilisation à répétition d'un lave-vaisselle ou d'un lave-linge entre 0h00 et 2h00 du matin est un délit" (peut-être que vous comprenez mieux pourquoi j'ai parlé d'intégriste plus haut). Je suis parti au boulot (oui, ça arrive) un peu gêné, en me demandant si nos Bosh allaient être placés en garde à vue et si on aurait le droit de leur apporter des oranges en tôle en taule.
Le soir, l'affichette avait été arrachée et remplacée par la suivante : "Faut dire à EDF de changer ses heures creuses". J'ai failli ajouter
mais les mots anonymes, ce n'est définitivement pas mon truc.

G.

2 commentaires:

incitatus a dit…

En hK, le système du message à la classe sur le tableau est devenu coutumier. Quand ce n'est pas un rappel de papiers administratifs à apporter à la CPE, c'est une citation (plus ou moins intelligente), des morceaux de chansons (du style "un tour du côté de chez Swann" lors de l'étude prolongée de Proust), ou - ce qui est particulièrement déprimant - la liste des devoirs à rendre ou DS à accomplir avant les prochaines vacances... Alors le tableau n'est guère suffisamment grand! Nous avons parfois droit à un cri de désespoir ou à une suite de mots inintelligibles (nous avons eu de nombreux: "Votez/Libérez Blanqui!"; c'est mon favori!)

SamPsychote a dit…

ça ne m'aurait pas étonné plus que ça...
;)