16 septembre, 2006

Techno-connasse

Ce n’est déjà pas bien marrant, quand on a bossé tous les jours de la semaine, d’être réquisitionné le samedi matin au bahut dans le cadre des journées de pré-rentrée (qui ont toujours lieu, en toute logique, après la rentrée, quelquefois même au mois de juin…). Mais la corvée de devoir se présenter à une assemblée de parents n’est rien, vraiment rien, en comparaison du supplice qu’est la collègue-connasse.

Vraiment, je suis un garçon charmant, un collègue idéal et quand je pète un plomb en salle des profs, c’est sur le mode fou-rire. Avec ceux qui me gonflent un peu, j’adopte une distance polie. Quant à ceux qui me gonflent énormément… Eh bien jusqu’à présent, croyez-le ou non, cela ne m’était jamais arrivé. C’était avant elle, la techno-connasse. Elle se vend aux parents d’élèves comme un baril de lessive, mais de lessive high-tech. J’y reviens…

Tout commence dans une ambiance bonne enfant en salle des profs. Les parents arrivent au compte goutte et discutent encore le bout de gras dans la cour. Dans la salle des profs, qui autour de la machine à café, qui la clope au bec, qui affalé sur un fauteuil (moi, bien sûr), qui devant la photocopieuse (même le samedi matin, il y a toujours un fanatique devant la photocopieuse), chacun révise ses fiches ou, moins prévoyant, gribouille une bafouille au dos d’un billet d’absence. Tout le monde râle, pour la forme – sauf Le Cas qui discute cordialement avec son casier (ne la regardez JAMAIS, sinon elle vous tient la jambe 20 minutes). Après tout, ça me permet de faire connaissance avec mon charmant petit collègue d’anglais, il y a sort plus pénible. Petit à petit, la masse se disperse en direction des salles où les parents sont réunis par classe. Moi j’ai un peu de temps devant moi ; le collègue d’anglais aussi, c’est une affaire qui roule. D’ailleurs, on a une classe en commun, et c’est par elle que nous décidons de commencer.
Entrée dans la salle. Les parents nous dévisagent un moment (trop de profs sexys dans ce bahut, hein ?). Le prof principal nous cède immédiatement la parole. Les parents semblent plus concernés que leurs rejetons, ça se passe impeccablement. J’étais même à l’aise, tiens !
Dix minutes après, je sors de la classe, en me disant que cette matinée de corvée va être vite pliée, finalement. En plus, j’ai mon petit laïus bien en tête : plus qu’une classe, ça va aller comme sur des roulettes.

Ça, c’était sans compter sur elle, la garce cybernétique. Je débarque dans la salle et Schrek (le prof principal de la classe) m’accueille avec une vague lueur de panique dans l’œil. Il me prend à part : « Euh… si tu as d’autres classes à voir, tu peux y aller : Ghislaine en a encore pour vingt bonnes minutes, et quand elle est lancée… ». Sauf que je n’ai pas d’autre classe à voir, et que Ghislaine en a en fait pour une heure et demie de palabre à n’en plus finir. Il faut dire qu’elle a tout un tas de trucs à raconter, en particulier sur elle-même. Le plus beau, c’est qu’elle n’a que la moitié de la classe. Mais c’est pas grave, parce que tous les parents non concernés vont pouvoir juger à quel point elle vaut mieux que sa collègue qui a en charge l’autre moitié. Vous comprenez, elle est tellement branchée nouvelles technologies et pédagogie de projets que l’autre pauvre conne ne peut pas s’aligner. « C’est triste, mais c’est comme ça ». Elle ponctue son discours fleuve (plus long que du Castro, c’est possible) par des « Je suis vraiment un électron libre !», des « vous voyez toute l’énergie que je mets là-dedans » ou encore des « je ne suis quand même pas la seule en France à faire ça »; ; j’attends à tout moment un « regardez comme je suis géniale » qui ne viendra jamais, finalement. Mais on a bien compris le message.

Alors évidemment, on finit par entendre dans la salle des « mais comment qu’c’est qu’on fait qu’nos enfants y z’y ont pô droit ? ». Schrek rame comme un malade pour rassurer tout le monde et essayer d’accélérer les choses. Mais la techno-connasse dont le video-projecteur s’assoupit régulièrement (on ne peut pas faire son propre éloge et faire avancer sa ridicule présentation powerpoint), a ses propres solutions à proposer. Au passage, elle raconte tous les contacts qu’elle a à l’étranger pour son projet, parle toute les dix minutes des Roumains qui sont trèèèèèèèès gentils, mais tellement pauvres que l’échange des ressources n’aura pas grand intérêt (mais elle a pris grand plaisir à parler avec Vazil - oui, il s'appelle Vazil - pendant une heure, grâce à la téléphonie par internet ; même si elle n’a rien compris, c’est pas cher, alors on s’en fout). Grâce à techno-connasse, on apprend que la dame du troisième rang a de la famille à Bucarest, une autre en Allemagne et que tout ce beau monde parle français. « C’est tellement formidable de pouvoir s’appuyer sur des gens comme vous ! »

Ce qui est formidable avec ce genre de sangsue qui fait semblant de ne pas remarquer que la file des profs qui attendent de parler ne cesse de croître, c’est que, même son tour passé, elle peut remettre le couvert. Shreck a enfin réussi à la faire taire et à passer la parole au collègue de physique (il est là depuis le début, le pauvre !). Il parle cinq minutes. Je m’attends à ce que ce soit mon tour, mais la techno-connasse est déjà sur le coup : « Et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour travailler en interdisciplinarité ? ». Après mon intervention, elle arrive encore à caser ses conseils de maman et le parcours sans faute de sa progéniture. Je suis parti avant la fin et je parie que quelques parents auraient payé pour être à ma place !

G.

1 commentaire:

le petit chaperon rose a dit…

mdrr.... j'aurai bien voulu voir ça;..l'horreur!!!
dit, j'ai besoin de cours d'anglais, tu peux me mettre "en relation" avec ton charmant collègue? lol