27 avril, 2007

Fierté

Fier d'être Français, c'est du dernier chic. Je me prépare d'ailleurs à accueillir les élèves lors d'un levé de drapeau, au son de la Marseillaise, et à leur faire réciter du Barrès la main sur le coeur. Cela ne me pose aucun cas de conscience : je suis un grand admirateur de la pompe nord-coréenne.

Quelque chose me chiffonne, cependant. Je suis J'étais heureux d'être Français. Je me trouve trouvais très chanceux d'être né dans un pays qui garantissait à peu près mes libertés. Heureux, chanceux, d'accord. Mais fier ?

Il me semble qu'on ne peut être fier que de ce qu'on a accompli : on peut l'être de sa réussite professionnelle, l'être aussi de garder auprès de soi ceux qu'on aime, d'arrêter le tabac ou l'alcool. Maintenant, peut-on être fier de ses enfants? Même si les parents contribuent pour une large part à l'évolution de leur progéniture, c'est déjà discutable : un enfant n'est pas que le résultat d'une éducation.
Quant à être fier de sa nationalité, c'est d'une grotesquerie consommée : être français n'est ni une qualité, ni une valeur morale. On conçoit aisément qu'être intelligent vaille mieux qu'être con comme une poutre. Mais en quoi être Belge ou Nigérian serait moins bien qu'être Français? Par ailleurs, notre nationalité tient au hasard dans l'écrasante majorité des cas. Je vois mal l'heureux découvreur d'un billet de cinq euros être fier de son aubaine...
On ne peut pas plus être fier qu'être français qu'en avoir honte. C'est une consolation à laquelle se raccrocher dans les années sombres que nous nous préparons peut-être...

3 commentaires:

Alcib a dit…

Je me permets de ne pas être d'accord sur ce point. Quand on se dit « fier » d'être français, ou québécois, ou peu importe, c'est que l'on adhère pleinement aux valeurs, à la culture, à la langue, aux institutions, etc., que représente le pays en question. Bien entendu, on peut garder son esprit critique sur un point ou sur un autre ; et, dans un pays donné, tous ne sont pas exactement d'accord sur toutes les valeurs proposées. On peut se dire fier d'appartenir à un pays qui défend la laïcité, par exemple ; ou encore d'être citoyen d'un État qui ne fait pas d'aplatventrisme devant les politiques guerrières d'un autre État aux douteuses motivations...
Tous les Français ne partagent pas toutes les mêmes valeurs, bien entendu, mais la France a tout de même une certaine histoire et, quand on pense à la France, où que l'on soit, on s'en fait une certaine idée, une certaine image qui ne sera pas toujours la même selon que l'on vienne d'un pays ami ou pas, d'un pays qui a des comptes à demander ou pas... Et même si l'on n'est pas citoyen de ce pays, on peut être fier de s'associer à un certain nombre des valeurs qu'il incarne et qu'il défend.
Je crois que l'Occident vit en ce moment une grande crise d'identité et que plus personne n'ose prononcer ce mot d'identité de peur d'être accusé de racisme, de sentiment de supériorité, etc... Des historiens réputés ont publié des études sur l'identité de la France, par exemple, justement parce que plus personne n'ose affirmer ce qu'est la France. Pour un grand nombre, elle ne semble qu'un territoire où les habitants ont tous les droits et n'ont pas de devoirs...
L'identité d'une personne, c'est un ensemble de données mais c'est aussi une certaine idée qu'elle se fait d'elle-même, en fonction de ses valeurs, de son histoire, de ses intérêts, de ses objectifs, de sa façon d'interagir avec ses semblables... L'identité d'un pays, c'est un peu la même chose et, en tant que citoyen de ce pays, je peux me dire fier ou pas d'adhérer à cette idée que l'on s'en fait... Et le sentiment de fierté n'est pas forcément un sentiment de supériorité sur les autres. Si, par exemple, je suis fier d'appartenir à la famille qui m'a élevé, qui m'a inculqué des valeurs et qui m'a permis de réussir dans la vie, j'éprouverai un sentiment heureux, de reconnaissance ; ça ne signifie pas que les parents de mes camarades et mes camarades eux-mêmes sont des imbéciles. Je crois, au contraire, que si le sentiment de fierté et d'appartenance était plus clairement affirmé, sans culpabilité, la reconnaissance des autres serait plus facile ; or, tant d'Occidentaux n'osent tellement plus affirmer leurs valeurs qu'ils en développent des complexes qui suscitent plutôt de la confrontation et de l'agressivité envers ceux qui sont différents...
La lutte entre les deux candidats à l'élection présidentielle me semble, au-dela des personnalités, une lutte entre deux visions, entre deux identités que l'on propose pour la France. On se reconnaît plutôt dans l'une ou dans l'autre. Hélas, il en restera toujours un certain nombre pour qui la couleur du jupon restera le seul critère susceptible d'influencer leur vote.

Lui-là a dit…

Je suis plutôt tout à fait d'accord avec les Pitous, moi, désolé Alcib.

:o)

D'ailleurs, comme il dit, on peut se sentir fier d'avoir réalisé une oeuvre mais le reste, fierté nationale et tout ça, non.

Shénisha a dit…

La nationalité dépendant grandement du hasard, je suis également d'accord avec les Pitous. Exalter la "fierté" nationale, c'est une ficelle facile; mais chaque Français peut-il se sentir fier de contribuer à ce qu'Alcib appelle l'idée de la France? Sommes-nous acteurs ou spectateurs? La question se pose.